Au Japon tout n’est pas rose, évidemment que non ! Les japonais et l’art de se détendre avec ses collègues de travail en buvant de l’alcool plus que de raisons, encore une spécialité nationale qui révèle un trait de caractère bien particulier.

J’avais envie de vous parler des pratiques, des us et coutumes qui m’intriguent, me déplaisent voire même me choquent. Même si je n’y vis pas, j’ai passé plusieurs mois au Japon lors de mes différents voyages. Bien assez pour voir que derrière le petit monde des Bisounours, il y a des choses bien moins reluisantes. Aujourd’hui, je vais vous parler d’alcool et de l’art de se mettre minable pour entrer dans le moule et respecter la tradition : désolé pour ce raccourci rapide mais on peut penser ce que l’on veut la finalité est la même.

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Au coucher du soleil et jusque tard dans la nuit, nul besoin de chercher beaucoup autour de vous pour voir des salarymen complètement saouls voire inanimés (!!), allongés sur une banquette de train ou gisant en pleine rue, sur des bancs ou dans les escaliers, à la vue de tous. Autour d’eux dans les rues, les passants (plus ou moins sobres) vont et viennent dans un balai incessant sans porter la moindre attention à ces pauvres diables. Dans les trains, à quelques centimètres de certains individus en détresse, les passagers sont assis confortablement, les yeux rivés sur leur smartphone, faisant semblant de ne rien voir. Je le dis tout net, ça m’horripile toujours autant !

La faute au nomikai ?

Ouvrons donc une parenthèse sur le nomikai qui est une tradition sur l’archipel : il s’agit de l’art de passer ses soirées avec ses collègues de travail pour décompresser et laisser son honne s’exprimer quelques heures. C’est bien connu, tout est beau tout est rose lorsqu’on est dans les murs de l’entreprise mais une fois sorti, en soirée avec les collègues, les salariés ne se privent pas pour raconter leur vie privée et balancer sur le patron un peu trop coincé ou le collègue qui sort un peu du lot… Allez-y c’est open bar ! C’est le moment de se lâcher on vous dit. Il est bien malhabile de refuser un verre que l’on vous sert : c’est presque impensable puisque ce n’est pas très poli et on pourra même penser que vous ne voulez pas vous intégrer au groupe. Un verre en entraînant un autre, les adeptes du nomikai vont être bien souvent ivres avant même de payer l’addition. Mission accomplie : pression relâchée le temps d’une soirée et chacun pourra remettre son masque dès le lendemain matin.

Impossible de porter un quelconque jugement sur ce type de pratique, cela fait partie de la culture nipponne. On est légitimement en droit de se demander pourquoi se rendre ivre ou en tous les cas très éméchés…

Faire semblant de ne pas voir ou de s’en amuser

Je referme cette parenthèse afin que nous nous focalisions plutôt sur un trait de caractère de la population nippone. On entend dire de ci de là qu’au Japon, l’individualisme n’existe pas et qu’il est ainsi de bon ton de tout faire en groupe pour la société de façon harmonieuse pour obtenir les bénéfices. Je suis de ceux qui pensent que c’est en partie vrai, sans en avoir pour autant la certitude.

J’assiste alors à un triste spectacle, pourquoi personne ne vient en aide à ces malheureux ?

Bien qu’on pourrait en débattre des heures, revenons à nos moutons : je ne compte plus le nombre de salarymen complètement éméchés croisés au fil de mes pérégrinations nocturnes. Qu’ils soient inanimés ou titubant dangereusement sur le quai d’une gare, je n’ai jamais vu aucun japonais (aucun) leur venir en aide mise à part des amis proches. Pire, combien de passants ai-je vu en train de prendre des photos de personnes saoules et inanimées en prenant des poses peu académiques devant eux… La fameuse entraide à la japonaise, sympathique non ?

Lutte contre les accidents sur les rails

Mi-août 2015, la compagnie de trains Japan Rail West (JR West) a installé une cinquantaine de caméras dans une gare à Osaka afin de surveiller le comportement de gens bien trop alcoolisés et ainsi éviter les accidents. D’après le ministère du transport, sur 3000 cas de personnes retrouvées sur les voix ferroviaires chaque année, 60 personnes seraient sous l’emprise de l’alcool.

Campagne de publicité ciblée contre l’abus d’alcool

Afin de dénoncer l’abus d’alcool, une chaîne de la nightlife tokyoïte avait réalisé une campagne de sensibilisation l’an dernier à Tokyo où les personnes alcoolisées gisant sur le sol se retrouvaient prises en photo à l’intérieur d’un rectangle blanc en ruban adhésif où on pouvait lire le hashtag #nomisugi (trop boire), les photos étant partagées sur les réseaux sociaux.

Abus d'alcool au Japon

Alors pourquoi relâcher la pression de la sorte ? Est-ce la faute du nomikai ? À la pression du mode de vie ? À un honne trop envahissant ?

Je ne remets pas en cause ici le nomikai, l’individualisme ou non du peuple japonais mais je me questionne sur ces comportements tout simplement.

De toute façon on le sait tous, l’alcool c’est avec mo-dé-ra-tion ! Quelqu’un veut une petite Sapporo ?