Réveil en douceur ce matin à Miyajima dans mon futon après une bonne nuit au calme. Après les trombes d’eau qui se sont abattues hier sur l’île sacrée, j’ai hâte d’ouvrir les rideaux pour jeter un œil sur le temps. Allez, debout !

Comme c’est agréable de se déplacer sur des tatamis. Je n’ai que quelques pas à faire pour ouvrir les rideaux. Devant moi, le mont Misen baigne dans le soleil, pas un nuage à l’horizon. La forêt de Miyajima est splendide. Il est alors temps d’aller prendre le petit déjeuner.

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Soudain, un doute m’assaille. Hier, l’employé ne m’a pas demandé de choisir entre le petit déjeuner occidental et le petit déjeuner japonais. Arrivé devant ma table, les plateaux sont déjà là. Il est 8 heures pétantes et c’est donc l’option du repas local qui s’offre à moi. Je jette un rapide coup d’œil à ma gauche, un couple est en train de prendre leurs cafés avec des toasts grillés et de la confiture. Oh, je ne me plains pas mais je dois bien vous avouer que je n’arrive toujours pas à manger comme les Japonais de bon matin et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir déjà essayé à de nombreuses reprises. Je n’apprécie pas mais ce n’est pas pour cela que je ne fais pas honneur à ce qu’il y soigneusement déposé sur la table. À moi donc notamment la soupe miso à mélanger avec un œuf molet, des petits poissons séchés, du riz, du tofu ou bien encore une variété de légumes marinés dans de la sauce soja. J’échappe ainsi au nato c’est déjà ça.

Petit déjeuner traditionnel japonais dans un ryokan

Après ce copieux petit-déjeuner, l’heure est aux visites avec en tête de liste le sanctuaire d’Itsukushima qui date du XIIème siècle dans sa forme actuelle (il a été construit au VIIème siècle). Avec une marée montante, impossible de rejoindre le torii à pied. Je flâne en marchant sur les planches en bois qui recouvre l’ensemble du sanctuaire, me contentant d’admirer paisiblement le lieu : j’arpente le ponton situé en face du torii, j’admire les statues des lions en bronze, la pagode en arrière plan, les dégradés de couleurs de la végétation avec notamment le rose des sakura tranche radicalement avec le vermillon recouvrant la structure du sanctuaire. Dans quelques centimètres d’eau, un héron procède à une toilette minutieuse. C’est alors qu’un attroupement de touristes non loin de là m’indique qu’un événement spécial se prépare. Un Ranryohoh se prépare à exécuter le Bugaku, une danse lente traditionnelle. Le costume du Ranryohoh est absolument magnifique. Quant à son masque, c’est une petite merveille. C’est la première fois que j’assiste à une telle prestation, annonciatrice d’un mariage à venir ici à Miyajima. Des dizaines de touristes s’amassent tout autour du danseur et des musiciens, je déconnecte un peu perdu hors du temps, encore une fois. Comme le Japon est fascinant.

Ranryohoh et danse bugaku

Quelques vidéos et clichés plus tard et à la sortie du sanctuaire, la pluie s’abat de nouveau sur Miyajima, l’occasion rêvée pour tester un café que j’avais repéré l’an dernier dans une petite ruelle. Testé et approuvé ! Je vous en reparlerai prochainement.

Le temps est de nouveau radieux et quelques marches avalées plus tard, me voilà devant la flamboyante Goju-no-to, la pagode à cinq étages et le Senjokaku. À tort, je ne m’étais jamais rendu à l’intérieur du bâtiment et j’en profite donc pour y faire un tour. D’emblée, je me remémore mes séjours passés à Miyajima et je me demande alors

Mais pourquoi est-ce que tu n’as jamais visité ce lieu sombre idiot ? Les peintures sont splendides.

Je lève mes yeux et je prends une grosse claque en pleine tête. Des petits trésors sont accrochés sur les structures en hauteur : un seul tableau a été restauré, tous les autres sont dans leur jus. La vue vers l’extérieur est à couper le souffle : d’un côté, le sanctuaire d’Itsukushima derrière de magnifiques sakura et de l’autre côté, la baie.

Peinture dans le Senjokaku

Une petite promenade par la rue principale est un passage obligé car c’est là que se trouvent les magasins de souvenirs. Une commerçante m’apprend la signification du bugaku effectué par le Ranryohoh : la danse était bien en l’honneur des mariés du jour. Coup de chance, quelques secondes après être sorti de l’échoppe, un homme tire une petite calèche dans laquelle se trouve les mariés. Décidément, le timing du jour est parfait.

Il est déjà l’heure de rejoindre le ryokan afin de procéder au check-out mais avant cela, je ne peux m’empêcher de prendre un cliché de la Goju-no-to derrière un splendide shidarezakura (cerisier pleureur).

Shidarezakura

Hélas, rien n’est éternel et après quelques emplettes, à contre cœur, il me faut quitter cette île que j’affectionne tout particulièrement pour rejoindre Hiroshima.

Il est un peu plus de 15 heures lorsque je rejoins la gare centrale d’Hiroshima et le musée de la Paix fermant ses portes à 18 heures, s’est donc tout naturellement que je décide de m’y rendre pour prendre tout le temps nécessaire pour le visiter. En prenant le tramway et en descendant un peu trop bas dans la ville, je remonte à pieds le long de la Motoyasugawa jusqu’au musée. Il est divisé en deux espaces bien distincts : la première salle est constituée d’un rez de chaussée retraçant l’histoire de la ville et d’un étage dédié à l’armement nucléaire. Une maquette de la ville avant et après l’explosion de la bombe se trouve au milieu de la pièce. Juste en face, une montre dont les aiguilles sont figées depuis des décennies sur 8h15. Après m’être longuement attardé sur certaines vitrines, j’emprunte une longue passerelle pour me rendre dans la deuxième partie du musée consacrée notamment aux objets calcinés, aux porcelaines déformées ou bien encore aux vêtements brulées. Pas de censure ici, les photos d’époque sont terribles. Pas un bruit dans la pièce, les personnes défilent en silence le long des vitres. Je suis alors ému par l’histoire de Sadako, une jeune fille atteinte d’une leucémie provoquée par la bombe, une maladie qui l’emporta dans sa douzième année alors qu’elle tentait de réaliser 1 000 grues en papier afin d’exaucer son vœu car d’après une vieille légende japonaise, quiconque confectionne 1 000 grues en papier voit son vœu réalisé.

Genbaku à Hiroshima

Hiroshima, le 6 août 1945 à 8 heures 15. N’oublions jamais, comme tant d’autres horreurs de l’Histoire.

Voilà encore une journée qui a été relativement dense et demain, il sera temps d’arpenter Hiroshima pour découvrir quelques beaux endroits. Je vous donne donc rendez-vous très prochainement pour la suite de mon voyage 2014 sous les sakura.